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September 22, 2011

Les Tueurs Fous du Brabant

Filed under: Les Tueurs Fous du Brabant — Poltoine @ 10:31 pm

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20110923-005645.jpgTueurs fous du Brabant : la piste française
Vingt-cinq ans après la fin des tueries qui ont terrorisé toute la Belgique et fait 28 morts, la police belge explore une nouvelle piste. Celle du banditisme français.

Et si les « tueurs fous du Brabant » étaient français ? La piste, inexploitée, intéresse au plus haut point la police belge qui n’a toujours pas renoncé, vingt-cinq ans après, à élucider la plus grande énigme criminelle du royaume. Une dizaine de juges d’instruction, des centaines de policiers et 500.000 pages de procédure n’ont pas suffi à identifier les auteurs de cette vague de braquages et d’exécutions sommaires qui a agité le sud du plat pays entre 1982 et 1985. Vingt-huit personnes, dont des enfants, ont payé de leur vie cette dérive sanglante et inexpliquée. La sauvagerie des attaques était inversement proportionnelle à la valeur des butins, la plupart du temps dérisoires.

Les pistes des marginaux belges, celle des militaires d’extrême droite voulant déstabiliser l’Etat belge ou celle du terrorisme d’extrême gauche ont systématiquement mené à des impasses. Et pourtant, l’enquête continue. Le mois dernier, les policiers ont fouillé le canal Charleroi-Bruxelles à Ronquières, en vain. Avant l’été, ils ont diffusé un portrait-robot d’un suspect, réalisé sous hypnose, avec l’aide d’un témoin tardif… Si aujourd’hui les enquêteurs tournent maintenant leur regard vers la France, c’est qu’ils ont le sentiment d’avoir épuisé les pistes belges.

Maubeuge, août 1982

Ils n’ont pas oublié que l’épopée sanglante des tueurs fous du Brabant n’a pas commencé en Belgique, mais en France. C’était à Maubeuge, à huit kilomètres de la frontière, le 13 août 1982, un week-end. L’épicerie fine Piot était visitée de nuit. A 3 h 50, un appel anonyme avertit le commissariat, à 100 mètres de là. Trois gardiens de la paix partent à pied. Ils se séparent. L’un d’eux, Christian Delacourt, se trouve nez à nez avec un guetteur, qui fait aussitôt feu sur lui. Il est gravement blessé. Il sera sauvé in extremis par les médecins. Les voleurs, au nombre de trois, prennent la fuite dans une Volkswagen Santana, direction la Belgique. Dans leur coffre, des bouteilles de champagne et de vin et quelques boîtes de thé. La marque des tueurs fous du Brabant qui n’hésiteront pas, pendant trois ans, à sortir de puissants riot guns lors de petits cambriolages et braquages, et à tirer systématiquement sur les témoins. Pour tuer.

Ce n’est pas le seul élément qui rattache l’affaire de Maubeuge à la bande. La Santana sera en effet réutilisée un mois plus tard lors de l’attaque de l’armurerie Dekaise à Wavre, en Belgique. A une centaine de kilomètres de Maubeuge. Là, les tueurs se saisissent d’armes dont des prototypes, après avoir fait leur choix. Un policier communal approche. Il est abattu froidement. Puis, lors de leur fuite, les tueurs fous tirent à feu nourri sur une patrouille de gendarmerie. Comme à l’exercice. La Santana sera découverte abandonnée dans une forêt, en banlieue de Bruxelles. Aperçue avec des plaques françaises lors du braquage, elle a été retrouvée avec de fausses plaques belges. Les enquêteurs ont relevé que le système de rivets, assez bizarrement, était exclusivement utilisé en France. Autre rapprochement, la balistique. Une arme de calibre 7,65 a tiré à Wavre, comme à Maubeuge.

Truands du Nord

Ce n’est pas tout. Comme dans toutes les enquêtes fleuves, les policiers belges ont ratissé large. Et sur procès-verbal, une prostituée bruxelloise a déclaré que l’une des attaques attribuées aux tueurs fous, à Colruyt, en mars 1983, avait été menée par « des truands venus spécialement du nord de la France ». Dans une interview récente à l’hebdomadaire belge TéléMoustique, Eddy Vos, le chef de la cellule Brabant wallon, a évoqué cette nouvelle piste française : « Nous savons depuis longtemps qu’il y a des liens avec le nord de la France. Et ces deux dernières années, nous avons trouvé des éléments grâce auxquels cette piste a pris de l’importance. […] Le fil géographique nous conduit en France, jusqu’à la langue pratiquée lors des agressions et même l’accent. Nous tenons aussi des informations du milieu. »

« Le temps presse »

Le milieu lillois existe bel et bien et ses membres sont transfrontaliers. Traditionnellement, il est impliqué dans le trafic d’armes, la prostitution et, bien sûr, le trafic de stupéfiants depuis les Pays-Bas. Une liste de truands français serait actuellement étudiée par les deux juges d’instruction de Charleroi en charge de l’enquête. Une nouvelle fausse piste ? Il faudra en tout cas aller jusqu’au bout des vérifications, et vite.

« Le temps presse », a avoué un des magistrats cet été dans la presse belge. La course contre la prescription est lancée. D’ici cinq ans, selon la législation belge, plus personne ne pourra être poursuivi pour les crimes des tueurs fous du Brabant. La date limite est fixée au 10 novembre 2015. La bande n’a en effet plus fait parler d’elle depuis le 9 novembre 1985, et l’attaque du supermarché Delhaize, à Alost. Un carnage final qui a fait huit morts, dont une fillette de 9 ans, le plus lourd bilan de la série. A cette occasion, le chef du commando, surnommé « le géant » par la police, aurait été tué. Son corps n’a jamais été retrouvé. Un mystère de plus.

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