Accusés

February 13, 2017

Luc Tangorre

Filed under: Crime — Poltoine @ 8:27 pm

Un encombrant fantôme surgi des années 1980 vient de refaire surface dans l’actualité judiciaire. Condamné pour viols et agressions sexuelles en 1983, partiellement gracié par François Mitterrand au terme d’une intense campagne médiatique, de nouveau condamné en 1992, Luc Tangorre n’avait plus fait parler de lui depuis sa sortie de prison en septembre 2000. Il a été mis en examen, mardi 12 août, pour agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans et placé sous contrôle judiciaire.
C’est sur une aire de jeux du Grau-du-Roi (Gard) que ce violeur multirécidiviste de 55 ans a renoué avec son lourd passé judiciaire. Dimanche 10 août vers 16 h 30, il se serait « frotté » à plusieurs reprises à une petite fille de 12 ans qui jouait sur la plage près d’un château gonflable, selon la plainte déposée peu après les faits par les parents de la victime. A l’arrivée des gendarmes, le suspect, formellement reconnu par la fillette, a été interpellé sans opposer de résistance.

« LE VIOLEUR DES QUARTIERS SUD »
En garde à vue, Luc Tangorre a vigoureusement nié les faits, affirmant être victime d’un « complot ». Un terme qu’il utilisait déjà volontiers dans les années 1980, confortant l’aveuglement de nombreux intellectuels qui avaient pris la plume pour le défendre, convaincus d’assister à une erreur judiciaire.

Quand son nom surgit dans la presse en avril1981, Luc Tangorre est surnommé « le violeur des quartiers sud de Marseille ». Au cours des deux années précédentes, les services de police de la ville ont enregistré seize agressions sexuelles dans les 8e et 9e arrondissements. Interpellé par une patrouille en possession d’un couteau de cuisine, cet étudiant en éducation physique de 22 ans est identifié par plusieurs victimes. Différentes pièces à conviction seront retrouvées chez lui, dont deux armes décrites par des plaignantes.

« INNOCENCE RAYONNANTE »

Luc Tangorre clame son innocence et entame une grève de la faim. Ses proches ne croient pas à sa culpabilité. Un comité de soutien voit le jour. Malgré quelques failles dans la conduite de l’enquête (un alibi le soir de la dernière agression, l’organisation jugée orientée de la séance d’identification…), il est condamné le 24 mai 1983 à quinze ans de prison pour quatre viols, une tentative et six attentats à la pudeur commis entre1979 et 1981.
Habité par le « sentiment d’une innocence rayonnante », l’historien Pierre Vidal-Naquet, dont le frère est alors l’avocat de Tangorre, publie dans Le Monde du 28 décembre 1983 une tribune aux élans dreyfusards intitulée « Pour Luc Tangorre ». En 1984, il préface le livre d’une amie de la famille Tangorre, Gisèle Tichané, chercheuse au CNRS, titré Coupable à tout prix : l’affaire Luc Tangorre. 

Le 25 janvier 1985, toujours dans Le Monde, il diffuse un manifeste (« Le viol est un crime, l’erreur judiciaire aussi ») signé notamment par l’éditeur Jérôme Lindon, le mathématicien Laurent Schwartz, le petit-fils du capitaine Dreyfus ou encore l’historien Jean-Pierre Vernant. De nombreux acteurs politiques, de gauche et même de droite (Dominique Baudis, Jean-Claude Gaudin et l’ancien ministre Alain Peyrefitte, éditorialiste au Figaro) se prononcent pour un procès en révision.

4 L VERT POMME

En février 1985, le garde des sceaux, Robert Badinter, dépose un pourvoi « dans l’intérêt de la loi et du condamné », convaincu que seul un nouveau procès pourra trancher le débat qui agite la France. Après le rejet de ce pourvoi par la Cour de cassation, la pression médiatique s’intensifie : Libération, Le Figaro, Le Monde se positionnent en faveur du condamné.

Une fois tous les recours épuisés, François Mitterrand accorde à Luc Tangorre une remise de peine de quatre ans en juillet 1987, ce qui lui vaut d’être libéré le 15 février 1988, en direct au journal de 20 heures. Marguerite Duras le reçoit chez elle, où l’accueillent les nombreuses personnalités qui ont oeuvré pour sa cause.

« PETITE GARCE »

Trois mois plus tard, Carroll et Jennifer, deux étudiantes américaines de 21 ans en visite dans le sud de la France, sont violées par un jeune homme qui les a prises en auto-stop dans le Gard. Elles décrivent une Renault 4 L vert pomme, dans laquelle elles ont aperçu une pile de livres dont le titre débute par un mot, « coupable », illustré du portrait d’un homme à moustache. La jaquette est rapidement associée à l’ouvrage de Gisèle Tichané, qui a récemment revendu sa 4L vert pomme aux parents de Luc Tangorre, désireux de l’offrir à leur fils.
Aucun de ces éléments, pas davantage que le témoignage des victimes, ne fera vaciller la foi de Marguerite Duras. Le 29 novembre 1990, elle écrit une lettre à Luc Tangorre, interpellé deux ans plus tôt, pour l’assurer de son soutien : « Je crois toujours que tu as été victime d’une petite garce qui veut ta défaite coûte que coûte. Si je me trompe aux yeux des gens friands de potins de cour d’assises, je m’en fiche. Tu resteras mon ami ».

« DÉNI DE LA RÉALITÉ »

Le 8 février 1992, Luc Tangorre est condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle. A la lecture du verdict, le jeune homme, qui n’a cessé de dénoncer une « manipulation », s’écrie : « Pas deux fois, pas deux fois! », avant de s’égarer dans un curieux lapsus : « La vérité a gagné une bataille, mais pas la guerre. »

Quelques jours plus tard, Pierre Vidal-Naquet s’excusera publiquement dans Le Monde en publiant une tribune intitulée : « Luc Tangorre et notre erreur ». « Sans mon action, et celle de tant d’autres Français qui m’ont accompagné, ces derniers viols n’auraient pas eu lieu », écrit-il. Il ajoute toutefois que le condamné, dont la « folie propre » consiste en « un formidable déni de la réalité », aurait mérité un véritable examen psychiatrique.

Les conclusions de l’expertise psychiatrique demandée par le parquet n’ont, mardi, donné « aucun résultat significatif », selon la procureure de la République de Nîmes, Laure Beccuau. Luc Tangorre encourt sept ans de prison.

February 9, 2017

Affaire Jourdain, Il y a 20 ans

Filed under: Uncategorized — Poltoine @ 11:38 am

Samedi, cela fera 20 ans, mais au Portel et à Outreau, c’est comme si c’était hier. Personne n’a oublié l’épopée meurtrière des frères Jourdain qui, l’espace d’une nuit de carnaval, ont brisé quatre vies : celles d’Isabelle, Peggy, Audrey et Amélie. Premier volet de notre dossier, avec le rappel des faits.
« Une fugue, ce n’est pas possible. Quand on décide de ne pas revenir, on ne se déguise pas sans habits de ville en dessous. »

Les bras croisés, la conviction aussi forte que l’amour qu’elle voue à Audrey et Isabelle, Laure Lamotte fait cette déclaration à La Voix du Nord le lundi 17 février 1997. Voilà six jours que ses deux filles adoptives de 17 et 20 ans ont disparu, en pleine nuit de carnaval, en compagnie de leurs copines du même âge, Amélie et Peggy Merlin.

Ce témoin décisif évoque deux gars dans une camionnette

Comme beaucoup, l’Outreloise ne croit pas à cette thèse. C’est pourtant celle que la police et le parquet de Boulogne privilégient depuis le début, sur la base de témoignages erronés qui émanent de toute la France (Paris, Noyelles-Godault ou encore Fréjus). Une attente insoutenable pour les deux familles.

Jusqu’à ce coup de téléphone anonyme, reçu au domicile de Laure Lamotte le mardi 18. Un jeune homme a vu les affichettes placardées par les proches. « C’est ma mère qui a décroché. Elle a tout de suite appelé Mme Merlin », se souvient Virginie, la troisième sœur, qui avait alors 18 ans.

Ce témoin décisif évoque « deux gars dans une camionnette » qui auraient importuné sa fiancée le soir du carnaval. Et nomme pour la première fois les frères Jourdain, des ferrailleurs installés à Dannes. « On a été voir sur place tout de suite, ajoute Virginie. Et on les a vus en train de repeindre la camionnette. »

Le déroulé des faits

La police alertée, l’enquête prend enfin un tournant concret. Le véhicule appartient à deux frères qui accusent un lourd passé judiciaire. Jean-Louis Joudain, 38 ans, déjà jugé pour viol. Et Jean-Michel, son frère cadet, 35 ans, condamné à 15 ans de réclusion pour le meurtre de son ex-petite amie en 1989. Deux hommes redoutés à Dannes pour leur violence et leur physique de brutes. Ils sont interpellés le jeudi.

Le lendemain matin, l’aîné craque. « On ne peut plus rien pour les filles. Elles sont dans le sable à Sainte-Cécile », lâche-t-il aux enquêteurs. Qu’il guide jusqu’à un blockhaus sur la plage de Saint-Gabriel.

Les quatre jeunes filles assassinées

Là, sur ses indications, les pompiers déterrent quatre corps, empilés les uns sur les autres. Audrey, Isabelle, Peggy et Amélie portent encore leurs déguisements de carnaval. Elles ont été violées et battues à mort. Se dessine alors le scénario macabre.

Les deux frères ont passé la nuit du 11 au 12 février à boire des bières sur la place du Portel et à guetter des proies potentielles. Ils ont ensuite transporté plusieurs groupes de carnavaleux entre Le Portel et Équihen. Et ont finalement embarqué les quatre filles. Le fourgon ne s’est arrêté que 20 km plus loin. Les prisonnières n’en sont vraisemblablement jamais ressorties vivantes.

 La camionnette des frères Jourdain est retrouvée à Dannes, au domicile familial. C’est elle qui a servi à transporter les jeunes filles.

Deux procès aux assises

Après leurs aveux, les deux frères reviendront plusieurs fois sur leur version. Sans jamais dévoiler la vérité ou même une once de compassion. Les procès aux assises, en 2000 et 2002, n’y ont rien changé.

Malgré les rumeurs, 20 ans après, les frères Jourdain sont toujours en prison.

CHRONOLOGIE

11 février 1997. Peggy et Amélie se rendent déguisées au carnaval du Portel avec leurs copines Audrey et Isabelle. Elles disparaissent pendant la nuit.

12 février. Marie-Josée Merlin a donné rendez-vous à ses filles Peggy et Amélie à Équihen-Plage. Mais elles ne sont pas là. Elle contacte Laure Lamotte, la mère adoptive d’Audrey et Isabelle. La police est alertée, les recherches commencent. Les proches des quatre jeunes filles fouillent les environs et placardent des affiches un peu partout.

17 février. Les jeunes filles sont toujours introuvables. Alors que la presse nationale s’est emparée de l’affaire, le parquet de Boulogne ouvre une information judiciaire pour « enlèvement et séquestration ».

 Dès le lendemain de la disparition, les amis se mobilisent avec l’espoir de les retrouver saines et sauves. Ils ne savent pas qu’il est déjà trop tard…

19 février. Laure Lamotte reçoit un appel anonyme dénonçant les frères Jourdain, des ferrailleurs de Dannes, comme suspects. Les enquêteurs se mettent sur cette piste.

20 février. Jean-Michel et Jean-Louis Jourdain sont interpellés dans leur appartement à Étaples.

21 février. Après plus de 24 heures de garde à vue, Jean-Louis Jourdain craque. Il conduit les enquêteurs à Sainte-Cécile et désigne l’endroit où les quatre jeunes filles sont enterrées, dans les dunes de Saint-Gabriel.

22 février. Les frères Jourdain sont mis en examen pour séquestration, viols et assassinats. Ils se renvoient chacun la responsabilité de la mort des jeunes filles.

11-15 décembre. Une reconstitution est organisée à Sainte-Cécile, mais les deux frères continuent de se renvoyer la balle.

 Le premier procès se déroule en octobre 2000 devant la cour d’assises. Marie-Josée Merlin et Laure Lamotte, les mamans des jeunes filles, font preuve d’un courage exemplaire.

16-27 octobre 2000. Les deux frères sont jugés par la cour d’assises de Saint-Omer. Ils sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans pour Jean-Michel Jourdain et de 20 ans pour Jean-Louis.

18-27 mars 2002. Les peines sont confirmées en appel par la cour d’assises de Douai.

21 août 2002. La cour de cassation rejette le pourvoi de Jean-Michel Jourdain. Les condamnations sont définitives.

24 novembre 2012. Laure Lamotte s’éteint à Boulogne à l’âge de 80 ans.

Affaire Baca – Un cadavre dans le grenier 

Filed under: Crime — Poltoine @ 2:53 am

Affaire Baca : un cadavre dans le grenierAu cœur de l’été 2014, la famille Baca est désespérée. Où est passé Laurent, leur fils et frère ? Malgré les appels à témoins et les nombreuses affiches placardées dans la ville, aucune trace de ce père de famille de 37 ans. Laurent a été vu pour la dernière fois par sa compagne Edith, le 6 août 2014, alors que la jeune femme partait conduire leurs enfants au centre aéré. Les parents de Laurent Baca sont pourtant suspicieux. Le comportement de leur belle-fille, les intrigue. Elle ne prend pas part aux recherches, ne pose aucune question et vit comme si la situation était tout à fait normale. Alors Edith Baca aurait-elle quelque chose à cacher ? 

Le 20 novembre 2014, alors que la police perquisitionne son domicile, Edith va faire une révélation fracassante : « Je suis un monstre, il est là-haut ». Dans le grenier, au-dessus de la chambre des enfants, la police va alors découvrir la dépouille de Laurent Baca, emmuré sous des kilos de « béton minute ». Accident, légitime défense, ou crime de sang froid ? C’est tout l’enjeu de cette affaire…

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